Aujourd'hui, philosophie avec la conception Bergsonienne de la mémoire. Non, je déconne... Mais sachez tout de même que cette dichotomie monde extérieur(moi superficiel)/moi profond existe réellement dans l'œuvre de Bergson et qu'elle est extrêmement intéressante à étudier. En attendant, voici ce qui arrive quand les odeurs l'enveloppent.


Ma madeleine de Proust à moi ne fonctionne pas avec la vue ou le goût, mais avec les odeurs. L'avantage avec les odeurs, c'est qu'elles peuvent surgir n'importe quand. On ne s'y attend jamais et d'un moment à l'autre, elles font chercher dans notre mémoire des souvenirs et nous propulsent ailleurs, dans une autre époque, un autre lieu. C'est un moyen de voyager à moindre frais, mais cela implique de laisser libre cours à sa rêverie car si l'on est concentré sur la réalité, impossible d'en être saisi.

Étrangement, il y a un voyage qui me revient assez souvent en tant que souvenir olfactif. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est le voyage dans le sud marocain, dans le désert près de Merzouga, pour un nouvel an, il y a quelques années. Jusqu'à ce que je bouge à Paris, je n'y avais pas vraiment fait gaffe. C'était un voyage agréable, certes, mais rien de plus. Depuis le froid, la grisaille et la solitude, mon corps y fait constamment allusion.

Des odeurs m'assaillent. Que ce soit dans un couloir humide de mon foyer, dans la rue parisienne ou ailleurs, mon nez en alliance avec ma mémoire s'y réfère. On m'évoque des odeurs de bois brûlés, des odeurs de fraîcheur nocturne... Peut-être que ce voyage fonctionne comme un catalyseur ? C'est ce que j'avais en mémoire comme représentant le plus extrême d'une africanité laissée derrière moi. Comme si mes 17 ans au Maroc s'étaient retrouvés condensés dans ce que j'avais vécu de plus exotique. Une africanité sublimée par le désert ? Je ne sais pas. Surtout que mon existence à Casa n'avait pas grand chose à voir avec le désert... Il faudrait poser la question à mon corps.

Toujours est-il que c'est le souvenir le plus imagé qui a été choisi comme moteur de réminiscence. Et celle-ci se traduit étrangement par les odeurs. Elle provoque ainsi des synesthésies, car partant de l'odeur parisienne, elle m'évoque des vues, des sensations, des goûts qui n'auraient pas été distinguables dans mon environnement actuel. Les odeurs viennent me saisir dans ma réalité pour m'envoyer loin dans ma mémoire.

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Il faut les chérir ces odeurs, les entretenir, les favoriser. Car retrouver sa mémoire, c'est se retrouver tel quel, sans l'enrobage qu'on entretient malgré nous en société. C'est, comme pour le dire avec Bergson, son moi profond. Sa mémoire, c'est l'entièreté de son existence, qui se repose en attendant d'être éveillée au fond de notre cerveau. Un homme sans mémoire, c'est un homme sans histoire, sans vie. Il ne faut jamais oublier.


PS : je tiens à remercier particulièrement ma relectrice et correctrice attitrée, mademoiselle Anne.