Aujourd'hui, je vous explique comment on fait un film. Je vais détailler le processus entier de fabrication et de production de mon court-métrage, le bien nommé Pour une poignée de dirhams...


La note d'intention

Pour commencer un film, il faut avoir tout d'abord une idée. Et cette idée, il faut la soumettre à la production. C'est pour cela qu'on écrit une note d'intention. On y résume nos idées, nos intentions de réalisations, et on expose l'histoire en quelque mots. La note d'intention sert à trouver un appui de la part de la production. Voici la mienne, reproduite :

Nous avons la volonté de réaliser avec ce film un hommage au western comme nous avons pu en voir durant notre enfance, avec des influences marquées du côté des « western spaghettis ». Toutefois, nous voulons également nous démarquer en conservant un ton original et proche du comique, cependant sans que cela bascule vers la farce grotesque. C’est pourquoi nous avons groupés les influences adultes et enfantines dans des personnages qui semblent évoluer des deux côtés. La narration épouse elle aussi ces deux aspects, tout d’abord avec une première partie centrée sur les « adultes » puis une seconde sur les enfants. Avec ce dénouement inattendu et brutal, nous voulons marquer la distance entre ce monde adulte et brutal où la mort est réelle et douloureuse avec celui des enfants où il suffit de se relever pour effacer l’action et changer de jeu. Ce western enfantin a donc comme but de rassembler les univers du jeu et du western, univers qui ne semblent pas être si éloignés au vu des nombreux enfants jouant « aux cow-boys et aux indiens », le tout évoluant dans un registre plutôt parodique.


Séquencier

Quand on a exposé son idée et recueilli l'adhésion de la production, il faut se mettre au travail préparatoire et ébaucher ce que sera le film. On commence à esquisser le rythme du film, et définir les séquences à filmer. C'est pour cela qu'on écrit un séquencier, qui définit comment va avancer le projet.


Séquence 1 :

On découvre une rue résidentielle en fin d’après-midi : elle est vide à l’exception de quelques badauds. Un cow-boy dont on ne voit que la botte est immobile au milieu de celle-ci. A l’autre extrémité de cette dernière, un second cow-boy est également présent. Son chapeau fait de l’ombre sur son visage. Le premier avance alors lentement et marche droit devant lui. Tandis que l’autre, le regard froid et dur se tient au bout de son chemin. Les deux avancent alors simultanément et se retrouvent à quelques mètres l’un de l’autre. Ils se raillent.


Séquence 2 :

A l’image des « western spaghettis », c’est un duel qui s’engage entre les deux cow-boys. Les regards se croisent. Le premier, de dos, est face au second et tend la main au dessus de sa poche. Le rythme s’accélère, la tension monte. Les regards sont concentrés. On voit alors les deux de profil pendant un long moment. On entend ensuite un unique coup de feu et un des personnages tombe sur le dos, révélant ainsi celui qui a tiré. Celui-ci s’avance alors vers le corps au sol. Il tend la main puis se ravise.


Séquence 3 :

On découvre que le corps qui gît au sol est celui d’un jeune enfant qui ouvre les yeux puis se lève et part en riant. Le second cow-boy s’est lui aussi mué en enfant et suit son compagnon en courant pour un nouveau jeu.


Le scénario/Découpage technique

Après les premières ébauches et le déblayage des séquences, il faut véritablement se mettre au travail. On écrit alors un scénario qui se transforme ensuite en découpage technique avec l'ajout de toutes les indications formelles. Dans mon cas, c'est sous une seule forme que se présente ce texte car je n'ai pas vraiment de texte. Vous pourrez comparer alors avec le film sous sa forme finie. Pour votre information, j'avais oublié le jour du tournage des deux premières séquences le précieux papier, ce qui explique les notables différences.


Première séquence :

Plan 1 : Plan général – panoramique (gauche à droite)

La caméra fait un assez large panoramique assez lent sur une rue. Musique d’ambiance : référence claire au western.

Plan 2 : Gros plan – fixe

Gros plan sur la chaussure d’un des protagonistes au ras du sol avec en fond une longue profondeur de champ où l’on voit la rue se prolonger.

Plan 3 : Plan rapproché – fixe

Contre plongée sur le torse et le visage du même protagoniste. Il est vêtu en cow-boy et porte un chapeau qui fait de l’ombre à son visage.

Plan 4 : Gros plan – fixe

Gros plan sur les yeux du protagoniste. Regard dur et froid en direction de la caméra.

Plan 5 : Gros plan – fixe

Même échelle et position de caméra que le plan 2. Mais cette fois-ci, le protagoniste avance vers le fond de la ruelle.

Plan 6 : Plan Moyen – fixe

Plan moyen sur l’autre personnage qui se tient immobile au milieu de la ruelle et regard devant lui. La caméra est légèrement de côté de manière à montrer l’espace vide devant lui.

Plan 7 : Gros plan – fixe

A la manière de l’autre personnage, gros plan sur ses yeux. Lui aussi regarde vers la caméra froidement.

Plan 8 : Plan moyen – travelling horizontal de droite à gauche

La caméra suit le premier personnage avancer et se diriger vers le second.

Plan 9 : Plan moyen – travelling horizontal de droite à gauche

Même mouvement de caméra que le précédent, cette fois-ci pour le second personnage.

Plan 10 : Plan Américain – fixe / zoom vers le visage

Le premier protagoniste arrive en direction de la caméra. Il s’arrête de marcher. La caméra zoom vers le visage de celui-ci. Il dit en retirant la sucette de sa bouche : « C’est celui qui dit qui est ! »

Plan 11 : Plan moyen – fixe

L’autre continue sa marche mais se prend les pieds dans quelque chose et tombe en s’affalant. Il se relève rapidement et jette un coup d’œil inquiet autour de lui puis continue quelques pas avant de s’arrêter et de dire avec aplomb : « C’est pas moi qui ai commencé ! »

 

Deuxième séquence :

Plan 12 : Gros plan – fixe

Gros plan sur les yeux du premier. Il regarde droit devant lui et fronce les sourcils.

Plan 13 : Gros plan – fixe

Gros plan sur les yeux du second. Même attitude que pour le premier.

Plan 14 : Plan rapproché – fixe

La caméra filme le premier personnage de dos. La caméra est décentrée : on ne voit qu’un côté de son dos afin d’apercevoir le second devant lui. Il tend sa main au dessus de sa poche, mais finalement se gratte les fesses.

Plan 15 : Plan rapproché – fixe

Contre plongée sur le second personnage. Son visage est concentré sur ce qu’il voit.

Plan 16 : Plan rapproché – fixe

Plan identique au plan 15 à la différence que le personnage filmé est le premier.

Du plan 17 au plan 20, le rythme augmente et la durée des plans est de plus en plus courte.

Plan 17 : Gros plan – fixe

Gros plan sur les yeux du premier personnage. Il est concentré.

Plan 18 : Gros plan – fixe

Gros plan sur les yeux du second personnage. Même attitude que le premier protagoniste.

Plan 19 : Gros plan – fixe

Plan identique au 17.

Plan 20 : Gros plan – fixe

Plan identique au 18.

Plan 21 : Plan moyen – fixe

La caméra filme les deux personnages de profil. Ils sont immobiles.

Plan 22 : Plan moyen – fixe

On entend un unique coup de feu. La caméra filme de dos le second personnage. Il tombe sur le dos suite au coup de feu. Le premier est alors révélé à l’objectif, il s’avance en direction du corps.

Plan 23 : Plan Américain – fixe

Contre plongée sur le premier personnage. Il regarde en direction de la caméra et on devine qu’il scrute le corps de l’autre protagoniste. Il tend la main puis se ravise.


Troisième séquence :

Plan 24 : Plan rapproché – panoramique (bas en haut)

Contre-champ en plongée.  On découvre avec stupeur le corps d’un des enfants que l’on avait laissé au début. Il a les yeux fermés et est allongé sur le sol. Il ouvre brusquement les yeux puis se lève dans un éclat de rire avant de quitter le sol et de partir en courant.

Plan 25 : Plan Américain – fixe

Echelle identique au plan 26. Sauf que cette fois-ci, ce n’est plus le cow-boy que l’on retrouve mais le second enfant. Il suit des yeux son compagnon se lever avant de courir à sa poursuite. Il dépasse l’objectif.

Plan 26 :

Générique.



Pour une poignée de dirhams...
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