Un petit texte sur mon ancien établissement, à Casa, où j'ai pratiquement habité durant un tiers de ma vie.


J'ai quitté le lycée il y a deux ans déjà, et depuis je suis retourné quelques fois dans mon ancien établissement, pour voir comment avait évolué le truc, rendre visite à des profs, retrouver des sensations connues. Je pensais vraiment qu'il serait agréable de retrouver tous mes souvenirs : ceux que je chérissais sur les meilleurs moments de mon adolescence, les délires entre potes, l'atmosphère inégalable des heures d'attentes passées en plein soleil, dans la cour. Mais en fait, il s'est révélé que ce retour aux sources a été réellement pourri : cela fait deux ans que je suis parti, et tout a changé. En pire.

lyautey

Le délire sécuritaire qui prévalait à Lyautey s'est renforcé... Pas qu'il était inutile : nous formions un ilot de richesse bourgeoise en plein milieu d'un quartier passablement défavorisé, et les comportements des abrutis pleins aux as n'arrangeait déjà rien à l'époque. De mon temps, on avait droit aux vigiles. Aujourd'hui, les élèves évoluent et apprennent encerclés par les caméras de sécurité et les barbelés sur les hauts murs qui entourent la cour centrale. (Non, ce n'est pas une prison, c'est une cage dorée). Pas sûr que ce qui peut être perçu comme une discrimination pour les gens du quartier n'apaise les tensions.

Cet endroit où j'avais passé sept ans de ma vie (collège et lycée) ne m'évoquait donc plus grand chose, à peine deux ans plus tard. C'est assez fou comme sa propre évolution peut-être décisive, mais si le lieu se mue lui aussi, il y a peu de chance d'y retrouver cette atmosphère particulière qui caractérisait l'adolescence. Seuls les profs étaient un lien, une preuve de ce que j'avais vécu. Mais eux aussi avaient changé : il est difficile de renouer un rapport prof/élève quand on en est plus un, et certaines de mes rencontres ont été assez décevantes.

Heureusement qu'avant de partir, j'ai immortalisé tous mes repères sur papier photo. Désormais, j'emporte pour toujours avec moi ces souvenirs immuables, qui diffèrent grandement d'avec la réalité. C'est là qu'on voit qu'une ambiance tient d'un lieu, mais essentiellement des gens qu'on y retrouve. Car si les bâtiments ont été transformés, l'ossature est restée la même. Mais les élèves ne renvoient plus à rien de ce que j'ai connu. Dans le meilleur des cas, ce ne sont que de vagues fantômes d'anciennes connaissances, des versions plus jeunes et plus gâtées des stéréotypes que nous formions alors.

Je suppose que tout le monde a déjà ressenti cette mélancolie, quand on se rend compte que ce que l'on a connu, n'existe plus, ou du moins, n'existera jamais plus comme on l'a vécu. Peut-être que c'est aussi cela grandir : réaliser qu'on a traversé quelque chose d'unique, qui se répétera éventuellement mais énormément nuancé, et sans jamais renouer avec l'idée originelle. Des milliers de jeunes useront les chaises du lycée Lyautey, mais pas comme nous l'avons fait. Et je ne pourrai pas revivre ça ailleurs, ou seulement dans ma mémoire.