Il faut l'avouer, Le Caire est une ville assez crade. Que ce soit la couche de poussière qui recouvre tous les bâtiments, les voitures, les rues et les trottoirs. Ou bien l'épaisse nuée de pollution qui sépare les humains du ciel. Mais cela se voit surtout aux innombrables poubelles à ciel ouvert qui parsèment la ville. Où que l'on marche, et bien sûr, surtout dans les quartiers pauvres, les ordures puent en plein cagnard. Plastique, légumes, produits chimiques et autres textiles squattent chaque coin de rue. Il est difficile de toujours les enjamber et on en vient à choisir son chemin au milieu des déchets.

Quelques endroits portent encore les stigmates de la révolution (inachevée, incomplète, encore en cours) de janvier. Sur la célèbre et désormais mondialement un symbole, Midan Tahrir, les tentes sont encore présentes et il n'est pas voir de s'y dérouler des affrontements, entre jeunes, moins jeunes, désœuvrés, manifestants, activistes, policiers en uniforme et civil. Plus loin, le siège du parti honni et démantelé, de Moubarak, longeant le précieux musée des antiquités égyptiennes, n'est plus qu'une carcasse, gros bâtiment en ruine, aux murs noircis par la fumée. Un temps inquiets de voir le feu toucher leur patrimoine historique au musée, les habitants ont par la suite laisser cramer ce symbole de la corruption et de la dictature. Comme un furoncle crevé, il dénature désormais la promenade le long du Nil.

P1000145

Le Caire est une ville sacrément haute. On peut s'en apercevoir en arrivant de l'aéroport, en traversant la vieille partie de la ville déchirée par les highways. Mais aussi autour du centre, en grimpant sur les ponts qui relient l'île, la partie est et la partie ouest de la ville. Tout le long du fleuve, des immeubles gigantesques se hissent jusqu'à la couche de pollution. Ces immeubles en plus ou moins bon état, plus ou moins craquelés, plus ou moins modernes, mais toujours recouverts de paraboles, se font de la concurrence pour dépasser la couche grise qui surplombe la ville.