Un petit papier sur les séries télés, qu'il ne faut pas reléguer comme un art mineur, car elles prennent de plus en plus d'importance, et qu'elles sont souvent porteuses d'une véritable qualité cinématographiques.


Je suis un grand consommateur de films, de musique, mais également dans une moindre mesure de séries télévisées. Et je « consomme » réellement. Car je ne regarde pas la télé : ce n'est pas trop possible dans un foyer, ni vraiment agréable, à part pour les matches de foot. Je ne suis donc pas une série durant sa diffusion, au rythme de quelques épisodes par semaine. Non, quand je me met à une nouvelle série, je me la farcis d'un coup. Cela me prend un certain temps, plusieurs mois parfois, mais je la regarde du début à la fin, un épisode ou plus par jour. Que ce soit en streaming (c'est mal), en DVD, en téléchargement (c'est re-mal) ou autres, commencer une nouvelle série m'occupe bien, et cela se ressent après sur le reste de mes activités.

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Car on est affecté quand on est accro à une série. On s'imprègne excessivement d'images, d'histoire, de personnages, sur une longue période, et à un rythme intensif. Prenons le cas des séries en langue étrangère (essentiellement en anglais). Tout d'abord, il est hors de question de les regarder autrement qu'en version originale. Et au final, à force d'entendre parler anglais tous les jours, on se met à penser dans la langue, à retenir du vocabulaire, des expressions, voire à les utiliser. Qui n'a jamais voulu clamer le gimmick de sa série préférée à ses amis ? En fait, c'est comme si c'était un voyage à l'étranger, mais un long voyage alors, et seulement une partie de la journée.

On est parfois affecté par les acteurs et les caractéristiques des personnages qu'ils interprètent. On s'accapare des expressions, des mouvements, etc. Et il arrive qu'on les reproduise, même sans s'en rendre compte. Personnellement, durant le visionnage des huit saisons de Scrubs, il m'arrivait de m'exprimer quelque peu comme le Docteur Cox, voire de rêvasser comme J.D. Avec House, je me suis rendu compte que je gonflais parfois mes joues de la même manière que le docteur, et que j'étais quelques fois un brin cynique. Et je ne remarquais tout cela qu'après coup, car sur le moment, c'était instinctif. Mais bon, il se peut qu'il n'y ait que moi qui soit qui retranscrive autant des éléments fictionnels dans la réalité. A vous de me dire...

Le genre de la série est également important dans ce schéma. La série médicale entraine l'illusion que l'on s'y connait, comme si l'on avait de nombreuses années de médecine. Ainsi, House m'a presque fait devenir paranoïaque car je découvrais des diagnostics alambiqués en me regardant. Mais j'ai également appris beaucoup de choses, en me renseignant sur les noms tordus balancés à tout bout de champ durant les épisodes. Désormais je sais ce que sont des syndromes paranéoplasiques ou les maladies auto-immunes. Avec les séries policières on peut se prendre, au choix, pour un caïd ou un justicier. Les Sopranos ont fait que, pendant un court moment, j'avais l'impression que je pouvais parader dans les rues et me faire respecter. Quant à Twin Peaks, elle m'a presque rendu fou, et m'a appris à ne rien interpréter trop tôt. Je me sentais un enquêteur hors pair, mais en même temps, très particulier, rêveur et original.

Les séries télévisées reproduisent en fait de manière massive un sentiment qui reste fugace lorsqu'on regarde un film. Le format plus court que celui du long métrage n'est qu'une illusion, car il se répète presque à l'infini et l'on se dit que l'on peut rester plus longtemps devant. Le format de 22 minutes peut-être casé partout, entre deux activités, et finalement on s'enchaîne quatre épisodes sans voir le temps passer. Avec le 42 minutes c'est plus compliqué mais cela est toujours plus simple que de regarder un film. Et là encore, l'activité se révèle chronophage. Et pour tous les amateurs, et je sais qu'ils sont nombreux, je ne peux que vous conseiller d'aller faire un tour sur l'excellent blog Le Monde des Séries.