Mar'haba f'l Maghrib ! Bienvenue au Maroc ! C'est là où j'ai grandi, mais cela reste encore pour moi un pays assez mystérieux, ce que je regrette.


Si vous me voyez depuis quelques mois déjà discourir sur le Maroc, c'est parce que la partie de mon existence que j'y ai passé a été marquante et décisive, je pense, dans la construction de mon identité. Mais le fait est que je nourris de profonds regrets quant à cette période : il y a tellement de choses que j'aurai voulu faire, dire et voir, mais qui sont désormais repoussées à un temps incertain.

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Premièrement, je regrette de ne pas avoir approfondi mes connaissances sur le pays. Ce n'est pas parce que j'en parle souvent que je sais grand chose : l'étendue de mon savoir se borne à la vision étroite d'un lycéen dans une grande ville, et à quelques voyages. Dans ce pays, je suis encore véritablement un touriste. Je m'en rends vraiment compte aujourd'hui, alors que j'étudie l'histoire de la Méditerranée : je découvre et m'instruis, sur une chaise à Paris, alors qu'il aurait été plus simple, et plus intéressant d'aller voir sur le terrain la réalité des choses.

J'aurai voulu parcourir le territoire avant de m'en aller. Au lieu de me barrer en France à chaque vacances, là où j'allais habiter plus tard, je me dis que j'aurai peut-être dû aller visiter les recoins du royaume chérifien : les côtes de l'Atlantique, depuis Tanger à Dakhla, les montagnes de l'Atlas et du Rif, leurs vallées et leurs cols, les plaines océaniques, le désert de l'autre côté des montagnes... Toutes ces images que l'on voit dans le métro, à travers des pubs retouchées par photoshop, je les ai touchées du doigt, un court moment. Et aujourd'hui, je me demande quand est-ce que je pourrai m'y replonger. J'aurai voulu visiter ces villes, que je découvre mythiques à travers les livres d'histoire : les villes impériales, les comptoirs commerciaux du sud, etc. Parce qu'à part les grosses métropoles que sont Casa, Tanger ou Marrakech, je n'ai pas vraiment exploré la dimension urbaine du Maroc, ou uniquement depuis les vitres d'une voiture, en les traversant pour aller ailleurs.

Mais surtout, je regrette profondément de ne pas avoir appris l'arabe. C'est toujours une question que l'on me pose quand je dis d'où je viens, et c'est toujours un étonnement que je révèle l'étendue de mon vocabulaire. Car à part deux-trois mots usuels, les traditionnelles insultes et le savoir nécessaire pour survivre et se diriger, je ne fais que baragouiner un argot en pointillé. Pour ma défense, je dirais que ce constat résulte tant de l'incapacité des profs à l'enseigner à la mission française, que de la volonté de mes camarades élèves de l'apprendre. Si cela s'était passé différemment, peut-être qu'aujourd'hui je le parlerai mieux que l'anglais...

Toujours est-il qu'aujourd'hui je me nourris avidement de tout ce que je peux apprendre sur le sujet : culture, tradition, langue et histoire. J'essaye d'absorber tous les mots en arabe que je peux découvrir en cours, mais ce n'est pas du darija (marocain), et cela n'explique pas la grammaire ou la conjugaison. Quand je ne serai plus en prépa, je mettrai mon temps libre à profit pour réapprendre cette langue, mais en attendant, je dois patienter. Je sais déjà qu'au moins, quand je rentrerai cet été, j'aurai la possibilité de prolonger mes découvertes. Je me rassure quelque peu en me disant que je connais quand même quelques choses sur le pays et que je ne pars pas de zéro. En même temps, comment pourrait-il en être autrement après dix-sept ans de vie dans un endroit ? Mais ce n'est pas suffisant pour mou, et je compte bien m'améliorer.