On a tous à l'esprit un prof qui nous a traumatisé quand on était gosse et qui continue de nous faire peur. Pourtant il faut se poser la question suivante : qu'est-ce qui fait qu'une personne réagisse de la sorte ? Et la méchanceté innée n'est pas la seule réponse.


Je suis élève tous les jours de la semaine depuis à peu près quinze ans. Autant dire que des profs/instits/maîtres, j'en ai vu des paquets et des paquets. Et s'il y a quelque chose que je retiens d'eux, c'est surtout que c'est pas facile du tout d'être prof...

91913464

Premièrement, il faut adopter un rythme scolaire continu alors qu'on est devenu un adulte. C'est vrai, non ? Pour beaucoup le passage à l'âge adulte se concrétise par l'arrêt de la période scolaire qui a caractérisé l'enfance. Et bien, le prof prolonge cette période toute sa vie. Alors que la plupart d'entre nous attendent avec joie la fin de leurs études, le prof baigne dans le milieu sans jamais en sortir. Il y a des bien entendu des devoirs à faire : le travail continue à la maison. Écrire une dissertation est quelque chose d'assez contraignant, mais en corriger une cinquantaine semble l'être encore plus. Mais surtout, pour arriver à s'en sortir, il faut nécessairement aimer transmettre. Le problème majeur est qu'en face, souvent, les gens n'en ont rien à faire.

C'est ce que je trouve le plus dur, et de loin. Essayer de parler à des gens qui ne veulent pas écouter. Un métier pour le moins absurde, non ? Il faut garder son calme (ou essayer de le garder) face à des élèves qui rient, se retournent, bavardent, jouent sur leurs téléphones... Il faut s'entrainer à ne pas tressaillir quand la grande partie de la classe sourit, dans le meilleur des cas, voire quand elle n'explose pas de joie à l'annonce d'une absence future. Il faut veiller à rester impassible en cas d'épidémie de bâillement dans la classe. L'essentiel du travail du prof réside dans l'oral. Il faut attirer son public et garder à tout prix son attention, tout en essayant de transmettre, d'inculquer des leçons, des idées, sans perdre son auditoire définitivement au détour d'une métaphore.

Pour leur défense, on peut dire que les élèves sont généralement conscient de la difficulté de leur interlocuteur. Mais il arrive qu'ils n'aient pas toujours ce fait à l'esprit, et que parfois, cela leur soit complètement égal. C'est pourquoi, ils peuvent paraître totalement insouciant, voire irrésistiblement détaché du cours. Ils pensent avoir autre chose à faire, ils ont quelque chose en tête, des choses qui comptent. Plus que le cours en tout cas. L'adolescence, c'est le début de la vie adulte : une foule de tracas à l'esprit. L'envie d'apprendre n'est pas toujours oubliée, mais elle est parfois recouverte par l'attention portée aux notes inculquée par les parents. Et c'est un rapport malsain qui s'installe alors. Ce n'est plus ce qui est appris qui compte, c'est comment l'utiliser pour avoir une bonne note. L'échec arrive inévitablement : une mauvaise note ne dépend pas toujours de l'élève. Celui-ci se braque alors, et c'est foutu.

Et le prof doit y faire face. Ramener l'élève sur le chemin de l'apprentissage, alors qu'il a ses copains à côté de lui. Que rire est plus agréable. Que perturber un cours apporte une valorisation sociale plus importante qu'avoir une meilleure notre, dans le microcosme de la classe. Le prof doit se confronter à ces difficultés, les surmonter, les dépasser, et les faire basculer dans son camp. Et rien que pour ça, c'est pas cool d'être un prof.