Je ne pensais pas si vite en refaire une autre, mais un parallèle m'a frappé durant la projection de Micmacs à tire-larigot, et je me permets de rebondir sur l'article précédent pour vous parler de celui-ci.


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Tant le ridicule et infâme Cinéman que Micmacs à tire-larigot sont des sortes de déclarations d'amour au cinéma. Lorsque Moix le fait de façon prétentieuse et incorpore des passages de films cultes pour faire rejaillir la portée de ces chefs-d'œuvre sur son misérable projet ou qu'il projette des extraits de films muets du début du siècle dernier pour s'affirmer digne successeur de Méliès ou Keaton, Jeunet porte son idée de façon poétique et réfléchie.

Vous le comprendrez, son dernier film est une réussite, et contient en son sein un véritable potentiel cinématographique. Il fait tout d'abord évoluer ses personnages dans un univers qui est bien évidemment marqué par la « touche Jeunet » : des couleurs retravaillées qui donnent aux décors et protagonistes un aspect onirique et délicieusement décalé, une action qui met justement en scène des personnages loufoques et souvent à la marge, et puis surtout ces petits détails qui foisonnent tout au long du film et qui renvoient certainement à une direction prise depuis le premier court-métrage du réalisateur, Foutaises. Tous ces attentions délivrent un charme qui se fait rare dans le cinéma français actuel. On pourrait ergoter sur le côté américain de Jeunet et son intention de divertir en proposant une œuvre de qualité. Et bien, messieurs les bien-pensants, intellectuels adorateurs du chiantissime, je vous recommande de ne pas voir ce film afin de ne pas gâcher la projection pour le reste des spectateurs. Désolé si le cinéaste n'est pas adepte du style qui est encensé actuellement, mais il préfère raconter des contes aux couleurs irréelles plutôt que des histoires banales se passant sous une lumière crue. Ce qui est souvent très bon également, mais dont on pense régulièrement que c'est le seul cinéma qui mérite d'être valorisé.

Jeunet traite le sujet avec un humanisme qui fait chaud au cœur et l'on passe un moment très agréable à regarder son film. L'homme aime faire des films et l'on ressent cela. En effet, Micmacs à tire-larigot crie tout du long son amour pour le cinéma. Dès les premières scènes, où le personnage de Bazil travaille dans un vidéoclub, le réalisateur joue avec les codes du Septième Art et l'on voie ainsi Le Grand sommeil d'Howard Hawks doubler le film de Jeunet grâce à la fantaisie de Bazil : celui-ci connait en effet par cœur les dialogues de ce classique et on a le plaisir de le voir déclamer en même temps que le DVD qu'il regarde les répliques. Hawks double donc Jeunet dans cette scène. Les compositions du Grand sommeil, réalisées par Max Steiner traversent en outre le film et le cinéaste se base dessus pour nous offrir un générique « à l'ancienne ». De même, de nombreuses scènes sont entièrement muettes et fonctionnent sur leur gags visuels, comme un hommage aux films muets. Entre le muet et Bazil qui double systématiquement les personnages, Jeunet nous propose une relecture personnelle de l'histoire du cinéma.

Micmacs à tire-larigot mérite donc d'être vu, à la différence d'autres. Néanmoins si Jeunet vous rebute depuis ses débuts, ce n'est pas la peine d'essayer, il ne vous plaira pas. Pour les autres, foncez ! Loin d'être le futur classique du cinéma français, ce film saura tout de même vous faire vibrer par sa poésie.